Journées du patrimoine 2022

Introduction : Depuis des temps immémoriaux, l’eau coule dans la commune de Coulonges-Cohan. Dans cet environnement vallonné, de multiples sources alimentent lavoirs et fontaines. Toutes contribuent à alimenter ce serpent d’eau qu’est l’Orillon et qui traverse les villages de Coulonges et de Cohan. Des millions de gouttelettes refont sans cesse le cycle de l’eau, tombant du ciel, s’infiltrant dans les terres, surgissant des sources pour venir s’écouler dans nos fontaines et lavoirs, puis rejoindre les rivières, les fleuves et la mer, avant de s’évaporer et retomber en pluie. Barbotine, Eaubépine, Liquidéa, et Hydroléine sont 4 de ces gouttes d’eau qui a plusieurs reprises au cours de l’histoire du village sont passées à Coulonges et à Cohan. Le hasard a voulu qu’en ce jour elles soient chacune présente dans les lavoirs du village pour partager avec nous quelques souvenirs.

En prime, elles vous proposeront des énigmes pour retrouver les mots d’un rébus qui vous fera découvrir un personnage célèbre de l’histoire récente de notre commune.

 

Le lavoir de l’église :

Bonjour ! Moi c’est Eaubépine ! Je viens tout juste d’arriver. J’aime beaucoup ce lavoir. J’adore plonger dans le bac depuis le tuyau d’arrivée, puis je tente vite de remonter à la surface avant de me faire aspirer vers le bassin. Mon objectif est de descendre le petit toboggan ! Malheureusement il n’est pas souvent en service et ce que j’aime vraiment pas c’est quand le bac est vide et qu’on s’écrase au fond !

Alors moi, l’histoire que je vais vous raconter est très connue et remonte à très très loin ! C’était un soir d’hiver. Je venais de m’immobiliser au bout d’une stalactite de glace qui pendait depuis le tuyau d’arrivée. Je découvris alors que le lavoir était tout illuminé. Une belle dame venait de mettre au monde un petit enfant. Son papa l’appelait Jésus et il était réchauffé par le souffle d’un âne et d’un bœuf. La voute du lavoir était constellée d’étoiles, c’était magnifique !

Ah, attendez, on me souffle que ce n’est pas ici que ça s’est passé, mais à Bethléem ! Suis-je bête ! Pour celles et ceux qui ne le savent pas, ce lavoir est décoré par les associations du village tous les ans de fin novembre à la mi-janvier, avec une très belle crèche que je vous invite à venir voir !

Bon, où en étais-je, ah oui, ça me revient ! Ce n’est pas bien marrant, ce que j’ai vécu en 1740 non loin d’ici. Je n’étais jamais resté aussi longtemps au même endroit. J’étais tombée dans le secteur au cours de l’automne 1739 et mon trajet d’infiltration se déroulait comme d’habitude. Lorsque je tombais dans l’Orillon depuis une des sources du bois de Rognac près du hameau que vous appelez le Vieux Vezilly, je sentais déjà que l’eau était très froide. Déjà les bords du cour d’eau commençaient à être pris par la glace. Moi je continuais à me faufiler doucement, mais à l’entrée du village, alors que j’apercevais les premières chaumières et au loin le clocher de l’église, je fus moi aussi bloquée. Le froid était terrible et toute la surface de la rivière fut gelée. Seul un filet d’eau coulait encore sous une épaisse couche de glace. On pouvait traverser à gué avec de lourds chariots sans que la glace ne cède ! Cela dura plusieurs semaines, entraînant une perte des récoltes de blé et la mort de nombreux arbres fruitiers. La nuit on entendait les chênes craquer sous l’effet du gel. Tout était figé. Les animaux eux-mêmes, peu habitués à un froid durable mouraient, ainsi que les habitants qui n’avaient pas les moyens de se chauffer. Si le redoux arriva quelques semaines plus tard, le mal était fait et les récoltes à venir perdues d’avance. Cela entraina de nombreux décès dus à une misère extrême car de nombreux habitants n’avaient plus de quoi manger. On compta 29 décès dans le village cette année-là, en lien direct avec cette vague de froid, qui avait déjà fait des ravages en 1709. On ne parlait pas alors de réchauffement climatique !

 

Le lavoir de la rue des Cours :

Ah, vous voilà ! je commençais à m’impatienter à tourner en rond dans ce bassin en évitant de me faire emporter jusqu’à votre arrivée. Je suis Liquidéa. Sympa ce petit lavoir non ? Et en plus dans une petite rue très calme. La dernière fois que je suis passé à Coulonges ce n’était pas la joie. Je m’en souviens, c’était en 1816. Quelle terrible année ! Tombée directement du ciel, je suis resté un long moment dans une flaque d’eau. C’était vers le début décembre. J’ai pu échanger avec d’autres gouttes qui étaient là depuis bien plus longtemps, sans oublier les discussions des passants. Tous ces échanges m’ont appris que cette année maudite avait été catastrophique dans le pays et avait entraîné une grande misère. Au printemps le blé pourrissait dans les champs. La moitié des récoltes de seigle fut perdue. A la mi-août le blé restant était encore vert. Dès septembre, le froid vif s’invita et la pluie redoubla. Les moissonneurs, plutôt habitués à griller sous le soleil d’été, n’arrivaient pas à se réchauffer. Les javelles étaient continuellement mouillées et il fallait souvent les retourner. Les blés ne furent rentrés qu’à la fin octobre. Les meuniers devenaient fous à essayer de moudre ces grains gorgés d’humidité et qui ne séchaient pas. Le peu de farine récoltée donnait un pain lourd et indigeste. La mie était tellement collante qu’on pouvait en faire des boules qui, lancées contre un mur, y restaient collées ! Les pommes de terre ne furent récoltées qu’à la mi-décembre. Elles étaient déjà à moitié gelées. La température étant trop froide pour nous faire évaporer, je craignais de rester prisonnière de cette flaque d’eau que le gel commençait à figer. Mais le passage d’un chariot me projeta dans le fossé et je retrouvais le lit tourmenté de l’Orillon en crue pour un début de voyage à sensations et à une vitesse impressionnante. Depuis, j’ai beaucoup voyagé à travers le monde et aujourd’hui je suis très heureuse de retrouver le village de Coulonges bien plus calme et sans la misère que j’avais aperçu en cette funeste année 1816.

 

Le lavoir de la Jeanne :

Bonjour les amis ! Je suis Barbotine ! Sympa ce lavoir dites-donc ! La dernière fois que j’y suis passé, je crois que la toiture n’était pas si belle ! c’était une simple tôle. C’est vraiment original tous ces noms écrits sous les tuiles de cette belle couverture. C’est une chouette idée que d’avoir proposé aux habitants et aux sympathisants de devenir propriétaire d’une ou plusieurs tuiles pour financer la rénovation de la toiture ! Mais bon, je ne suis pas là pour vous parler de la toiture du lavoir, mais d’un évènement que j’ai vécu en direct à Coulonges il y a de ça plusieurs centaines d’années. C’était précisément dans la soirée du 6 avril 1580, vers 7 h. Je venais de traverser Chamery et m’écoulais tranquillement vers le lieu-dit que vous appelez maintenant la Guinguette. Soudain un grondement sourd se fit entendre et la surface de l’Orillon se mit à frémir. Tout tremblait, les chaumières se lézardaient et on entendait le fracas des meubles qui tombaient et de la vaisselle qui se cassait. Alors que je poursuivais mon chemin dans l’Orillon je voyais les habitants sortis de chez eux. La frayeur se lisait dans leurs yeux. Qu’avaient-ils fait au bon Dieu pour mériter un tel châtiment ? Je décidais de m’arrêter quelques temps en m’accrochant à une brindille à quelques encablures de l’église. La journée se passa sans autre évènement, mais la nuit suivante, alors que je m’apprêtais à poursuivre mon chemin, de nouvelles secousses plus violentes ébranlèrent le village et firent s’effondrer plusieurs maisons. Pauvres habitants, j’espère qu’il n’y a pas eu de blessés. Arraché de ma brindille, je fus emportée par le courant. Mon trajet de cette nuit fut très agité par d’autres secousses qui m’accompagnèrent dans l’Ardre, puis la Vesle, jusqu’à mon arrivée dans l’Aisne à Soissons. Jamais de toute ma vie de goutte d’eau je n’avais vécu une chose pareille ! Bon, je bavarde, mais vous avez encore du chemin à faire, donc je ne vous retiens pas plus longtemps.

 

Le Grand lavoir :

Bonjour les amis et bienvenue au grand lavoir !  Je suis Hydroléine. Ah oui, désolé, vous ne me voyez pas. Je suis au fond du trou, au sens propre du terme. Arrivé lors de la dernière grosse période de pluie, je ne me suis pas méfiée lorsque l’eau a cessé de couler et j’étais une des dernières gouttes à quitter le bassin du lavoir. Du coup, je suis un peu coincé jusqu’aux prochaines grosses précipitations, à moins que les bénévoles du village trouvent enfin la raison de l’arrêt de l’alimentation de ce lavoir. Jusqu’à ce jour je ne l’ai jamais connu à sec, même au cours des années de sècheresse ! J’espère que l’eau coulera de nouveau bientôt !

L’épisode que je voulais vous raconter, je ne l’ai pas vécu en direct, mais en écoutant les lavandières dans le grand lavoir dans les jours qui ont suivi ce terrible 18 juin 1897, je peux le raconter comme si j’avais été là. Ça s’est passé du côté de la ferme de Courteaux vers 16h, plus précisément vers le Bois Planté. Les ouvriers occupés à la fenaison près de Courteaux entendirent un bruit semblable à un grondement permanent du tonnerre. Leur regard fut attiré par d’énormes tourbillon de feuilles s’élevant par-dessus le bois. Le bruit se rapproche et le vent redouble de violence. Les ouvriers essayent de trouver un refuge. Un homme de Goussancourt voyant arriver la tornade se réfugie sous le pont de l’Orillon à Courteaux, pensant être en sécurité. Soudainement enlevé par l’ouragan, il est projeté contre un buisson voisin. Le ciel est rempli de branches, de feuilles, de tas de paille. Un tas de planches stocké au bois planté est enlevé et dispersé dans le ciel comme des fétus de paille. Plusieurs planches seront retrouvées dans le bois de Rognac, sur l’autre versant de l’Orillon. Réfugié dans une loge du bois de Rognac, un pauvre bûcheron n’ose plus bouger alors que tout autour de lui est détruit par la force du vent. Des arbres centenaires sont déracinés, déchiquetés alors que d’autres perdent de nombreuses branches. Les troncs déchiquetés ne forment plus qu’un grand bloc d’éclats semblables à des allumettes, mais de près d’un mètre de long. Au cours des jours suivants, les habitants du village, qui lui avait été épargné, vinrent constater les dégâts et rapporter en souvenir une de ces longues fibres de bois issues du déchiquetage des troncs abattus par la tornade. Heureusement que le village n’avait pas été touché. Cela dit, comme me l’a raconté une autre goutte d’eau prisonnière comme moi d’une flaque d’eau suite à une grosse averse orageuse près de Château-Thierry, elle avait été témoin en juillet 2005 d’une mini tornade qui avait fait de gros dégâts au hameau de Villomé et à l’entrée du village au début de la rue du Poinçon.

 

Voilà, en espérant que je pourrai bientôt reprendre mon cycle de l’eau et sortir de ce trou, je vous souhaite une bonne fin de promenade, en me réjouissant que dans ce village les lavoirs et fontaines continuent à être entretenus et restaurés. Même s’ils ne servent plus beaucoup, ils constituent l’âme et l’histoire de Coulonges. Je vous invite d’ailleurs à terminer votre promenade par une visite de l’exposition de photos de lavoirs et fontaines communales dans la salle de la mairie de Coulonges. A bientôt lors d’un de nos prochains passages à Coulonges, dans notre cycle immuable de milliards de petites gouttes d’eau comme moi.

La Jaunière

Bonjour les amis! Oui c’est moi le brin d’herbe, là entre le portillon et le ruisseau. Je suis un rescapé de la Jaunière. J’ai été maintes fois piétiné, coupé, tondu et même grignoté mais je reviens toujours là au même endroit. Mais hélas toutes ces misères m’ont fait perdre un peu la mémoire. J’ai quand même quelques souvenirs de cet endroit que je vais tenter de vous relater.

Seuls les plus anciens s’en souviennent, ici, cet endroit si banal aujourd’hui était un lieu incontournable de la jeunesse coulongeoise ! En 1950, la Jaunière, après avoir été, entre autres, un dépôt de véhicules de guerre, a été vendue pour une part à la commune. En 1951, une autre parcelle de la Jaunière a été léguée aux Coulongeois à la condition que son usage soit réservé à l’école primaire pour l’éducation physique et sportive. Il y avait bien sur la place Terrière des poteaux de basket, mais à Coulonges le sport communal c’était le foot. Le Football Club de Coulonges jouait ses matchs sur un terrain situé en contrebas du cimetière entre l’Orillon et le ruisseau qui alimentait le moulin de Cubry. Un des accès à cet ancien stadium se faisait par une passerelle qui enjambait le rû. Les footballeurs devaient s’entrainer à la Jaunière car un but y était installé. Mais peu à peu, avec les jeunes qui quittaient le village pour leurs études ou le travail, le nombre de joueurs diminua et c’est à Fère en Tardenois que s’installa le club du canton. Le terrain fut abandonné et les vaches retrouvèrent leur pâture. Quelques maillots mauve et blanc ont sommeillé longtemps dans le placard à reliques de la salle du conseil à la mairie.

En 1963, Marc l’instituteur, présenta une équipe de foot à sept en championnat scolaire de l’Union Sportive de l’Ecole Publique. Yves, Michel, Jean Luc, Jean Yves, Jean Louis, Jacques Yves et Joseph, commencèrent alors à rencontrer d’autres équipes du canton. Une équipe plus jeune a ensuite pris le relais. On s’est souvenu longtemps du but de la victoire contre Coincy marqué par Dominique avec son genou. Ils firent des émules ces écoliers et la Jaunière devint le terrain favori de beaucoup d’entre eux. On venait de Courmont, du Charmel, de Dravegny, de Reims et même de Paris pour tenter d’imiter les Aubour, Kopa, Matthews, Pelé et autres… Il y avait du monde. Trop de monde, pour offrir du beau jeu aux rares spectateurs. Roger depuis sa maison en était le plus assidu. Il aurait pu être sélectionneur. C’étaient des parties non-stop que chacun pouvait quitter et reprendre à sa guise qui se déroulaient jusqu’au soir.  Marcel, Guy, Kléber, Claude, Jacques, Roger,…. rejoignaient la meute après leur journée de travail. Il fallait être bien perspicace pour distinguer équipiers et adversaires. Les dimensions du terrain étaient trop petites pour contenir les déboulés de Jean Noël et de Fabrice. Ils ont laissé éclater leur talent ensuite dans d’autres clubs prestigieux de la région.

Puis l’école a eu besoin de place pour pratiquer l’éducation physique et la partie s’est arrêtée. La demande de la délégation conduite par Jean louis pour que le terrain de la Jaunière demeure en l’état est restée vaine. Une aire de sport avec une partie goudronnée, une petite piste de course et un sautoir ont été installés. En 1981 un court de tennis fut construit, le club de tennis de Coulonges était né. Aujourd’hui, il compte 130 adhérents. Autre époque, autre sport !

En tout cas, moi, petit brin d’herbe, je continue à évoquer avec plaisir cet endroit de Coulonges, partie intégrante de son histoire récente, où tant de jeunes du village aujourd’hui retraités, ont usé leurs galoches en tapant dans un ballon. J’aimerai tant que ce nom reste dans la postérité. Pourquoi pas avec un joli panneau pour baptiser cet emplacement en laissant une trace de son histoire ?

Je termine avec une devinette : Qui pourra me dire ce qu’est une Jaunière ?

L’ancienne mairie-école :

Bonjour ! Vous m’entendez ? Vous ne pouvez pas me voir, je suis sous vos pieds… Je suis la pierre d’angle d’un magnifique bâtiment qui s’élevait ici au milieu du 19e Siècle. Décidée par la municipalité de Coulonges, ma construction débuta en 1840 sur l’emplacement d’un ancien jardin et de deux maisons. C’était une mairie et une école de garçon, mais on aurait cru un hôtel de ville ! Avec sa porte centrale et ses six fenêtres cintrées en façade au rez-de-chaussée, puis son alignement de 7 fenêtres à l’étage, toutes encadrées de pierres de taille comme l’étaient également les 4 angles, la bâtisse avait fière allure. La façade était surmontée d’un fronton comportant un oculus et la toiture était à 4 pans. Devant le bâtiment se trouvait une belle place encadrée de tilleuls, un peu comme ceux que vous pouvez voir ici, et qui ont été plantés en 1872. Au moment de la construction, une plaque de plomb gravée fut intégrée dans un des murs. L’école avait accueilli plus d’une centaine d’enfants certaines années. Il faut savoir que la municipalité a décidé que l’instruction serait gratuite dès 1857, devançant de loin la loi de 1882.  Pour faire face au nombre important d’élèves, une école des filles fut construite en 1861 à l’emplacement de l’actuelle mairie. Le bâtiment dont j’étais la pierre d’angle, n’accueillait plus que les garçons à compter de cette date. J’entends encore les cris des enfants pendant la récréation et je me souviens surtout de ce fameux instituteur de Coulonges, M. Gobancée, qui supervisa les travaux de construction. Il fut instituteur à Coulonges pendant 52 ans, de 1820 à 1872 ! Ses compétences et sa passion pour son métier ont été reconnues par de nombreuses récompenses. Il mourut en juillet 1887. Un autre instituteur marqua la période de mon bâtiment. Il s’agit d’Adonia Valissant, qui prit ses fonctions à Coulonges en 1898. Il fut l’auteur de la monographie de Coulonges en Tardenois, publiée en 1901 et qui est une référence sur l’histoire du village jusqu’à la fin du 19e siècle.

J’étais fière de faire partie de cette magnifique construction, une des plus belles écoles du secteur, qui allait défier les années. Hélas, le village a subi les combats de l’offensive allemande de la seconde bataille de la Marne et a été touché en 1918 par des bombardements. Mon bâtiment, dont j’étais si fière, fut à moitié démoli. Toute sa partie gauche disparut, du sol au grenier et il n’en restait qu’un tas de gravats.

Les dégâts étaient trop importants pour une reconstruction et depuis 1925 c’est un nouveau bâtiment qui a pris le relais et que vous pouvez toujours voir ici. Mais grâce aux photos et cartes postales éditées avant la guerre, ma mairie-école restera à jamais gravée dans la mémoire et l’histoire de notre village ! Et vous pouvez retrouver dans une des vitrines de la mairie, la fameuse plaque de plomb qui avait été nichée dans les murs de l’ancienne mairie-école.

 

L’église de Coulonges 

Psst ! Vous m’entendez ? Ah ben non, c’est vrai vous ne pouvez-pas m’entendre, je n’existe plus ! Mais mon esprit est encore là. Pourtant j’étais belle et surtout, j’avais une sonorité parfaite ! Oh, excusez-moi, je ne me suis pas présentée ! Je m’appelle Laurence Scolastique et je suis une cloche ! Oui, au sens propre du terme bien-sûr ! Je suis née dans une fonderie en 1818, à partir d’anciennes cloches que la municipalité avait rachetées après la révolution. J’ai une sœur née également des anciennes cloches et qui s’appelait Louise-Agnès-Norbertine. Nous avons également été rejointes par une cloche plus grosse qui s’appelait Marie-Marguerite-Antoinette-Rufine. C’est le 4 octobre 1818 lors d’une grande fête, que nous avons toutes les trois été bénies par le doyen de Fère et selon le rituel diocésain. Pour ma part mon parrain s’appelait Laurent-Henri Ronseaux et ma marraine Magdeleine-Scolastique Boivin. Pendant près d’un siècle nous avons sonné dans le clocher, les joies des mariages, les peines des enterrements, les alertes en cas d’incendie ou d’attaque, et le quotidien des heures qui passent grâce à l’horloge installée dans le clocher. Notre église avait déjà une horloge à la fin du 18e siècle ! Bien usée, elle a été remplacée en 1817, puis après 71 années de bons et loyaux services, elle fut une nouvelle fois remplacée en 1888. J’ai disparu du clocher avec mes amies au cours du 20e  siècle. Nous avons été réquisitionnées par les allemands pendant la Grande Guerre pour être fondues et servir à fabriquer des canons et des obus. Peu importe, si la matière dont j’étais constituée est partie, mon esprit est resté dans cette église que j’aime beaucoup.

Après 3 ans de silence dans le clocher, nous avons été remplacées en 1921 par Stéphanie, une première cloche « moyenne » (600 kg tout de même !) qui donne un sol. Puis en 1924, elle fut rejointe par une plus petite donnant le Fa et une plus grande, de 860 kg, baptisée Marie-Georgette et donnant le La. Elles sont toujours présentes même si on les entend moins. Qu’est-ce qu’elle était animée au début du siècle passé et jusque dans les années 50-60. Régulièrement le garde-champêtre venait dans le clocher pour remonter le mécanisme de l’horloge. Et quand il fallait que l’on donne de la voix, les garçons se bousculaient pour tirer sur les cordes qui faisaient balancer nos remplaçantes dans le clocher. Maintenant c’est plus calme et il n’y a guère de l’animation que pour les enterrements et certaines messes ou manifestations trop rares. Ce qui me manque beaucoup c’est d’entendre mes remplaçantes sonner à la volée. Qu’est-ce que c’est beau une volée de cloches ! J’adorais cela quand j’étais encore en place là-haut ! Je ne me souviens plus de quand date la dernière volée de cloches entendue à Coulonges, mais il paraît que si on s’amusait à en refaire une il y a de forts risques que la charpente qui soutient les cloches ne résiste pas et entraîne tout le clocher dans sa chute, ce serait dommage. Alors je n’ai que le silence à vous offrir aujourd’hui pour votre visite dans l’église… Le silence, c’est beau aussi après-tout !

 La maison Picard-Jama 

Bonjour ! Je suis le gond de la porte cochère ! Depuis que j’ai été posé au tout début du 20e  siècle j’en ai vu des choses ! Combien de tombereaux, de charrettes, de calèches, puis de voitures sont passées par là ! Je ne les compte plus depuis longtemps. Savez-vous que les premiers propriétaires, Mr et Mme Picard, logeaient, blanchissaient, nourrissaient et surtout abreuvaient les maçons chargés de construire le bâtiment, et ceci au point que tous comptes faits, à la fin des travaux, les maçons avaient une ardoise envers les propriétaires, ardoise aussitôt effacée par ces derniers. Je me souviens de la livraison du magnifique bar en étain que les propriétaires avaient fait réaliser et qui trônait  dans le café jusqu’en 1992. Il échappa à la réquisition allemande pendant la seconde guerre mondiale en ayant été caché et remplacé par un bar en chêne. La maison Picard-Jama, fut quasiment l’ancêtre de nos supermarchés actuels. On y trouvait de tout : Hôtel, restaurant, bar, vins et liqueurs, louage de voitures, pension pour chevaux, boucherie, charcuterie, épicerie, mercerie, verrerie et vaisselle, graineterie, quincaillerie, articles de chauffage et d’éclairage, charbon de bois et de terre, location de vaisselle et de matériel.

La grande salle en a vu passer des fêtards depuis ce temps ! J’ai vu passer des mariés, des chasseurs qui fêtaient la saint Hubert, des pompiers qui fêtaient la sainte Barbe et des musiciens qui fêtaient la sainte Cécile. Il y a même eu quelques bagarres mémorables, et je ne parle pas du nombre d’éméchés titubant à la sortie ! En 1947, à la mort de M. Picard, la maison est vendue à la fille de Mr et Mme Hochart, qui tenaient un café sur la place Terrière. Pendant les années 50-60 l’activité de restauration vivotait tranquillement avec quelques habitués et autres piliers de comptoir. Au début des années 60 à la fermeture du bureau de tabac, c’est l’auberge qui prend en charge cette activité complémentaire. En 1967 l’auberge est mise en vente et rachetée par Yvette Granson, qui connaît bien la maison pour y avoir régulièrement travaillé pour des extras. L’activité de restauration se développe bien grâce aux talents culinaires d’Yvette et la fréquentation augmente grâce notamment aux repas des chasseurs. J’aimais bien cette période de banquets ou résonnaient les trompes de chasse et les chants !

Jean-Luc, le fils d’Yvette vient apporter son concours, rejoint ensuite par sa femme Dominique. Le couple reprend le café en 1988 qui devient l’auberge de la roue fleurie telle que vous la voyez aujourd’hui ! Dominique et Jean-Luc passent la main en janvier 2015. Depuis  5 ans, ce sont Richard et Charles qui tiennent ce dernier commerce présent dans le village. Et moi, le gond, je continue à remplir ma fonction tranquillement depuis 120 ans et je l’espère pour longtemps encore !

 

La grange communale

Bonjour !  Approchez ! Venez, je suis là ! Je suis sur la porte de la grange, oui, là, un peu à gauche. Je suis une planche ! Et garantie d’origine ! Cette grange a été rénovée par le comité des fêtes de Coulonges-Cohan, pour servir d’annexe de stockage du matériel lors des manifestations dans la commune. Les planches de ces murs viennent de la forêt de Coulonges ! Les arbres ont été soigneusement choisis puis abattus. Ils ont séché puis ont été taillés en planches et installés ici. C’est le principe des circuits courts !

Moi aussi j’étais un arbre, mais ça date de plus longtemps car la porte dont je fais partie est celle du bâtiment d’origine. Je suis une centenaire moi ! J’étais déjà là en 1899 !

Mais avant j’étais dans la forêt de Coulonges.

Cette belle forêt qui domine le village du côté de Vézilly a été depuis toujours une alliée des habitants. On y trouvait du bois pour construire des maisons, des granges, des ponts, pour se chauffer, pour faire des meubles…On y trouvait du gibier ! Volaille, chevreuils, sangliers, biches, cerfs…On y trouvait de quoi se nourrir en cas de disette ! Fraises des bois, framboises sauvages, mûres, noix, noisettes…Les habitants s’y cachaient en cas d’attaque du village, des groupes y tenaient des réunions secrètes, notamment autour du grand chêne, comme ce fut le cas lors des Jacqueries au 14e  siècle ou bien plus tard quand des résistants s’y cachaient dans les années 40.

Je ne me souviens plus du jour où l’arbre dont je faisais partie a été abattu. Toujours est-il que j’ai dû patienter plus de deux ans avant de renaître sous forme de planche dans une scierie. Puis, avec d’autres planches je me suis retrouvée caressée par les mains d’un menuisier, poncée, découpée, assemblée, puis montée. Et depuis plus de 120 ans j’observe de ma place, ce qui se passe dans le village. J’ai vu placarder l’ordre de mobilisation générale, j’ai vu arriver les soldats en 1914, j’ai vu tomber les bombes en 1918, j’ai vu débarquer les allemands, puis les américains venus libérer le village. J’ai vu les allemands revenir en 40 et partir à l’été 44… J’en ai vu des fêtes, des foires et des marchés sur la place Terrière, des concerts de la fanfare de Coulonges, j’ai vu les forains qui venaient chaque année pour la fête communale, j’ai vu les réjouissances de la fête nationale, les bals du samedi soir parfois avec des bagarres, souvent avec des fou-rires et des baignades forcées dans la fontaine. Il faut dire que les coulongeois sont les champions pour faire la fête !

Bref, j’ai eu jusqu’à présent une vie très riche, d’abord comme arbre dans la forêt, puis comme planche sur cette porte de la grange. J’ai eu peur de terminer dans une déchetterie ou pire, au milieu des flammes quand la grange a été rénovée il y a quelques années, mais la porte dont je fais partie, et qui est un peu l’âme de cette grange, a été conservée, et je suis toujours là, et pour longtemps encore j’espère.

 

Le grand lavoir 

Bonjour ! Je suis là, juste sur le côté, oui, le vieux tuyau !

C’est sympa de venir me rendre visite cet après-midi ! Il est vrai que depuis que Barbotine la goutte d’eau, et ses copines ne viennent plus que de temps en temps je m’ennuie un peu, alors je suis content d’avoir de la visite !

Il faut dire que depuis l’arrivée des machines à laver, chacun reste chez soi pour laver son linge. Avant c’était animé ici ! J’en ai entendu des commérages depuis ma construction en 1844, en même temps que le lavoir de Chamery. Ici c’était le rendez-vous de toutes les femmes du village pour la lessive. C’était aussi l’occasion de bavarder entre femmes et loin des maris qui ne mettaient pas les pieds ici ! Certains ont dû avoir les oreilles qui sifflaient ! Il suffisait qu’une des habituées ne soit pas là pour que les autres déblatèrent à son encontre, faisant courir des rumeurs les plus folles. Les hommes célibataires du village, surtout les jeunes, faisaient l’objet d’échanges vifs sur leur physique et lorsque l’un d’eux avait de l’instruction et une belle situation, combien d’entre elles ne rêvaient que de lui mettre leur propre fille dans les bras, voire de s’y jeter elles-mêmes !

Il y eut des moments moins légers et plus dramatiques malheureusement et depuis ma place j’en ai appris des choses sur l’histoire du monde. On vient de sortir du centenaire de la Grande Guerre 14-18, alors pour changer, je vais vous raconter ce que j’ai appris grâce aux conversations de vos ancêtres ici entre ces murs, au sujet d’une autre guerre pour laquelle la commune a payé un lourd tribut, au sens propre. Ça a commencé en juillet 1870 lorsque la France déclare la guerre à l’Allemagne. La mère Perier est la première à se lamenter alors qu’on lui annonce le décès de son fils Isaïe dès les premiers jours des combats. Les défaites se suivent et les blessés affluent. Mme Gibout, la femme du maire a raconté que le conseil municipal a mis 5 lits à disposition des blessés au premier étage de la mairie. Après la prise de Metz le 7 août, c’est la capitulation de l’empereur, encerclé à Sedan. Avec l’arrivée des prussiens dans le village le 14 septembre, les coulongeois découvrent l’ennemi dans leurs rues. Ce sont plus de 15.000 saxons qui traversent le village et 4.000 qui restent coucher. On fit abattre deux vaches pour nourrir tous ces hommes et ils exigèrent en plus une somme astronomique pour le tabac et le café qui étaient dus à chaque soldat. A l’époque, Mme Pasquier avait raconté que comme la somme n’a pas pu être réunie, ils ont cherché plusieurs bœufs dans différentes fermes, dont celle de son mari, à Rognac mais également à Chamery. Là-bas, un conseiller municipal a été contraint d’accompagner les saxons à Villomé et à Party pour compléter le montant de la somme exigée et qui n’avait pas pu être payée. C’est Mme Gibout qui fut la plus effrayée lorsqu’elle vit son mari, le maire, pris en otage lors du départ des saxons. Heureusement il fut libéré à Fresnes et revint sain et sauf.

Les mois qui suivirent furent difficiles car la commune, comme de nombreuses autres devait payer un impôt à l’ennemi, et répondre aux réquisitions de paille, de foin ou d’animaux. Chaque habitant devait contribuer et verser la somme prévue, coûte que coûte. Je me souviens des larmes versées par cette femme dont j’ai oublié le nom et qui avait dû vendre une partie de son mobilier pour s’acquitter de la somme qu’elle devait payer. Il n’y avait pas intérêt à refuser le paiement, sinon les amendes en doublaient le montant et l’ennemi pouvait aller jusqu’à ordonner des exécutions. Le cauchemar pris fin en octobre 1871 quand le département fut libéré du joug prussien après s’être acquitté des sommes exigées et qui se montaient à plusieurs centaines de millions de francs-or. La commune dut même souscrire un emprunt pour financer cet impôt. Nos voisins de la Marne et des Ardennes durent attendre 1873 pour voir partir les prussiens. Personne ne savait que cette guerre avait déjà semé les graines de la Grande Guerre, de 1914 qui fut un autre drame pour notre village. Mais ça c’est une autre histoire et je ne veux pas vous faire perdre trop de temps, il y a un autre tuyau qui vous attend un peu plus loin ! Le tuyau du Poêle de l’école ! Encore merci pour votre visite, ça m’a fait du bien de parler !

 

L’ancienne école des filles

Bonjour ! Bienvenue dans l’ancienne école des filles de Coulonges ! Comme la cloche de l’église, je ne suis plus là mais mon esprit vagabonde encore dans les murs du bâtiment. Je suis le vieux poêle Godin de la salle de classe ! Je me souviens particulièrement de cette année scolaire 1956-57 où une classe mixte avait été ouverte ici car il n’y avait pas assez de place dans la mairie-école.

L’institutrice s’appelait Mlle Croquet. Je me souviens bien de la disposition de la classe. Moi, le vieux poêle Godin j’étais au fond de la classe c’est-à-dire du côté droit de l’actuelle salle. Le garde champêtre de l’époque Mr Villair, que les enfants appelaient « le petit Villair » car il n’était pas grand, m’alimentait régulièrement en bois.

Sur le mur d’en face où l’on voit maintenant les vitrines, se trouvaient les deux tableaux noirs, les placards avec les boites de craies et les brosses pour effacer le tableau dont l’odeur se diffusait dans toute la pièce.

Les enfants étaient studieux et pendant les dictées en hiver, entre deux phrases bien ponctuées, récitées par la maitresse, on m’entendait ronfler pour apporter un peu de chaleur aux enfants. La discipline était très stricte et j’en ai vu de nombreux élèves restant seuls dans la classe pour recopier des lignes et des lignes de punitions pendant que les autres jouaient dans la cour. J’entends encore les « b-a ba », les « mais ou et donc or ni car », les « maître corbeau sur un arbre perché… ». Je vois encore la date de chaque jour écrite de manière calligraphiée et très soignée sur le tableau noir, les ardoises des enfants qui se lèvent pour donner les résultats du calcul mental : « 3 fois 4 ? » (laisser répondre les personnes présentes) ! « 5 fois 6 ? »  « 8 fois 7 ? ». Mais ce que je préférais, c’était les répétitions du spectacle de fin d’année avec les danses et les chansons des filles dans leurs beaux costumes cousus par Mme Mortier.

Puis le bâtiment est devenu la nouvelle mairie, une chaudière a été installée avec le chauffage central et ma foi, on n’avait plus besoin de moi, alors j’ai dû être repris par un ferrailleur, puis certainement fondu pour servir de matière première à de nouveaux objets. Peu importe comme dit mon amie la cloche, mon esprit est resté à Coulonges. Et en voyant les anciens du village participer encore dans cette salle à des réunions ou des animations, je me souviens du temps où ils étaient hauts comme trois pommes, quand ils venaient user leur fonds de culottes sur les chaises d’écolier et réchauffer leur petites mains près de moi après avoir affronté le froid avant que la classe commence. Mon Dieu, comme le temps passe vite !

Conclusion

Ainsi s’achève notre circuit du patrimoine pour cette année. Merci de votre participation. L’association « Coulonges-Cohan un autre regard » que j’ai le plaisir et l’honneur de présider, a pour objectif la préservation et la valorisation du riche patrimoine de notre commune. Nous essayons modestement chaque année de proposer une animation originale autour de notre patrimoine en essayant de rester dans la ligne de la thématique fixée au niveau national, qui était cette année « apprendre pour la vie ».

Le petit fascicule que nous vous avons remis comporte l’adresse du site Internet de la commune, sur lequel un lien vers notre association vous permettra de mieux la connaître.

Parce que l’entretien du patrimoine demande beaucoup de moyens et que nous n’en avons que peu, vous pouvez soutenir notre association en y adhérant (la cotisation annuelle est de 5 euros), en faisant un don ou tout simplement en vous offrant des cartes postales que nous éditons ou encore des tirages photos de vues aériennes du village et de ses hameaux.

En tout cas, restez encore un peu avec nous, on vous propose de partager un moment de convivialité autour du verre de l’amitié. Bonne nouvelle, vous aurez le droit de retirer vos masques, mais pensez à respecter la distanciation physique entre vous.

Merci d’être venus et rendez-vous l’année prochaine !