Bonjour à toutes et à tous et bienvenue à ce concert-hommage dédié à nos poilus de Coulonges. Je me réjouis particulièrement d’accueillir ce soir 2 musiciennes de l’ensemble « LMBaroque », Martina Weber et Lore Hillenhinrichs, qui agrémenteront musicalement ces quelques instants consacrés au souvenir de ces jeunes qui avaient toute la vie devant eux et qui ont été fauchés sur les champs de bataille il y a maintenant plus d’un siècle. La biographie de Lore et Martina, que vous trouvez sur votre programme vous donnent un aperçu de la qualité du concert qui vous est offert ce soir par notre association « Coulonges-Cohan un autre regard ».
Alors laissez-vous emporter par la musique en pensant à ces enfants qui se sont sacrifiés pour notre liberté et à tous ceux qui aujourd’hui encore à travers le monde œuvrent pour la paix.
Variations Goldberg (Extraits)
Pour commencer cet hommage, laissez-moi vous raconter l’histoire d’Eugène et de Clovis…
Eugène Jean Joseph BERTIN
Je m’appelle Eugène Bertin et suis né à la ferme de Givray dans la commune Bruyères sur Fère à quelques kilomètres de Coulonges le 12 février 1894. J’étais le troisième enfant de la famille. Mon papa, Emile, était agriculteur à Givray et ma maman, Léonie, née Guyot était originaire d’Arcy Sainte Restitue. J’avais 4 ans en 1898, quand nous nous sommes installés à la ferme de Party que papa exploite. Alors que mon frère aîné Georges reprend la ferme de Camp, près de Nesles, je me destine à prendre la succession de papa. Malheureusement il meurt en 1911 et je dois rapidement aider maman sur la ferme. C’était sans compter ma mobilisation en 1914 comme canonnier conducteur au 46e régiment d’artillerie pour aller au front comme on dit, moi je dirais bien autre chose mais je ne veux pas vous choquer et n’oserai même pas vous raconter ce que j’ai vu et vécu à Haudainville, près de Verdun durant cette terrible bataille du printemps 1916 qui a eu raison de moi le vendredi 23 juin 1916 à 22 ans alors que je venais porter secours à des camarades en difficultés.
Dieu sait où je repose aujourd’hui…peut-être à l’ossuaire de Douaumont que vous pouvez visiter si vous voulez en pensant à moi, ça me ferait plaisir !
En 1920 mon frère Georges reviendra à la ferme de Party qui sera ensuite reprise par son fils Henri et son gendre Pierre Huez, qui seront tous 2 maires de Coulonges.
Clovis Jules CAMUS
Je me présente : Clovis Jules CAMUS Coulongeois, né le 9 juillet 1877 au village, je suis le fils de l’aubergiste et j’ai exercé le métier de charcutier entre autres.
Je fais partie des ‘Papis’, c’est-à-dire de ceux plus âgés qui ont été appelés à la rescousse après 4 années de combats, il faut dire que beaucoup de soldats y avaient laissé leur vie et bon nombre de jeunes Coulongeois ne sont malheureusement pas revenus.
Donc à 41 ans j’ai dû laisser ma femme Isabelle et nos trois fils pour rejoindre mon régiment, le 8e Escadron du train dans le Nord où j’étais conducteur. Il y en avait des choses à transporter, des munitions du ravitaillement et aussi les hommes, les soldats, les blessés… Le travail ne manquait pas, et cette guerre qui n’en finissait pas !
Alors que j’aurai pu être tué par l’ennemi, je suis passé au travers, mais c’est un autre ennemi bien plus microscopique qui m’a attaqué. Il y a eu cette épidémie mondiale de grippe espagnole, le virus m’est tombé dessus et, admis à l’hôpital de Bourbourg, malgré les soins, j’ai succombé le 18 octobre 1918, moins d’un mois avant l’Armistice. .Je suis resté dans la terre du Nord, j’ai quelquefois de la visite, mais mon cœur est toujours à Coulonges, comme mon nom inscrit au monument aux morts et au cimetière près de celui de mon épouse Isabelle.
Prélude en Ré
Raymond Paul CLEMENT
Moi aussi, Raymond Paul CLEMENT je suis un enfant de Coulonges né au village le 2 février 1885, j’ai bien arpenté toutes les rues et je connaissais tous les habitants. Je travaillais tranquillement comme ouvrier pour nourrir ma petite famille que j’avais fondé avec Marie quand j’ai dû rejoindre le 367 e RI à Soissons pour partir sur le front, comme les copains Dédé, Fernand et les autres. Pour moi la guerre ne fut pas très longue à peine quelques semaines, mais suffisamment pour voir l’horreur des combats dans les tranchées et je suis tombé au combat de Lironville le 21 septembre 1914. Quand je pense que d’autres ont enduré jusqu’à 4 hivers sur les champs de bataille et qu’il y en a qui ont survécu ! Finalement je n’ai pas eu à souffrir très longtemps de cette sale guerre. Pardonne-moi Marie de t’avoir laissée seule, ce n’était pas mon choix ! Nous étions si heureux ensemble !
Emile Louis Jules DELETTRE
Mon nom est Emile DELETTRE, Mimile pour faire original. Fils d’Emile Théophile et de Juliette Héloïse Marie BOUCHER, j’ai usé mes fonds de culotte à l’école de Coulonges, village où je suis né le 10 mai 1883. Avec les copains nous aimions bien nous cacher derrière les murs du lavoir et surprendre quelques conversations, où bien monter jusqu’au château de Rognac. A l’école j’étais un bon élève alors j’ai suivi des études de droit et je me suis installé comme notaire à Paris. Belle réussite mais je n’en ai pas profité. En effet, un jour, une nouvelle terrible est tombée, c’était la guerre et la mobilisation.
Je suis nommé Caporal au 67 e régiment d’infanterie, 2 e compagnie. Mon père Emile et ma mère Juliette BOUCHER sont effondrés de me voir partir, mais cela devrait être un conflit de courte durée, je reviendrai bientôt. Mais voilà, le 27 mars 1915, à Saint Remy (Meuse), dans la tranchée de la Calonne, un éclat d’obus est venu faire connaissance avec moi et on ne s’est plus quitté. Ils ont mis un moment à me retrouver mais mon corps a enfin été restitué et je repose paisiblement à Coulonges. Et alors, je suis très heureux de me voir décerner la médaille militaire et la croix de guerre. Mais je vous le dis, j’aurais préféré ne pas être décoré et exercer mon métier de notaire.
Un superbe monument orne ma sépulture. J’ai appris de là-haut que des paroles réconfortantes pour ma famille et pour moi ont été prononcées : « Bon caporal qui a donné à maintes reprise l’exemple du devoir et de l’abnégation à ses subordonnés » (c’est d’ailleurs inscrit sur ma tombe…) Docteur en droit, diplôme de notaire à Paris (75) (Je vous disais que je travaillais bien !)
Albert Nicaise FLEURY
Je m’appelle Albert FLEURY, petit garçon né à Villomé, un hameau de Coulonges, le 20 octobre 1888. Puis j’ai grandi et lorsque le conflit a éclaté, J’étais en garnison à Lille et j’ai été incorporé au 43 e régiment d’infanterie.
J’en ai vu des atrocités pendant près d’un an. Heureusement, il nous arrivait parfais une lettre de la famille. Quel grand bonheur, nous la gardions sur notre poitrine en guise de réconfort et pour y puiser du courage, car il en fallait du courage pour ramper dans les tranchées, croire que l’on va mourir à chaque coup de canon. Personne ne peut revenir indemne de la guerre. Personne. Alors moi, je ne suis pas revenu, pendant la bataille d’Hebuterne (Pas-de-Calais) qui s’est déroulée du 7 au 13 juin 1915, et bien j’ai disparu, en plein milieu, le 10 juin 1915. Oui, disparu, on a jamais retrouvé mon corps mais qui sait, un jour peut-être, je referai surface. Ne me pleurez plus mais souvenez-vous de moi et dites autour de vous que la paix est un trésor et qu’il faut œuvrer pour le préserver.
Concerto brandebourgeois N° 6
Henri GOUVENEAUX
Moi c’est Henri GOUVENEAUX. Je suis né à Cohan, village de mes grands-parents maternels, le 26 juin 1882 J’ai été déclaré le 3ème de triplés. Mes frères Paul et Eugène sont sortis avant moi du ventre de ma mère. Eugène est décédé à 7 mois, seul Paul a vécu jusqu’en 1961. Mon père était ouvrier maréchal-ferrant. Quand la Grande Guerre a commencé j’étais déjà grand et comme beaucoup d’autres j’ai rejoint le 67 e régiment d’infanterie. On, nous avait dit que cette guerre serait réglée en quelques mois et que nous pourrons tous regagner nos foyers pour Noël. Mais l’hiver est passé, puis le printemps 1915, et c’est dans la Meuse qu’un jour de printemps la mort m’a cueilli, tué par l’ennemi dans la tranchée de Calonne, à Saint Rémy de Calonne, avec le regret de ne pas avoir pu revoir mon beau village. Je ne sais pas ce qu’est devenu mon corps, mais mon âme voyage toujours de temps en temps du côté de Cohan. Quand je pense qu’à peine un mois plus tard, mon petit frère Alcide m’a rejoint dans la mort. Quel malheur pour mes parents !
Jules Alexandre GANTOIS
Je m’appelle Jules Alexandre GANTOIS, mais appelez-mois Jules, ou Julot comme les copains ! Je suis un enfant de Coulonges, né le 15 septembre 1878. J’avais déjà 36 ans quand cette satanée guerre a éclaté. Je dois dire que j’ai eu de la chance. Conducteur au 20e Escadron du Train des Equipages Militaires j’étais bien moins exposé aux risques du front. La vie n’était pas pour autant plus facile. Les véhicules de l’époque n’avaient pas et de loin le confort de vos voitures et camions modernes !
Qu’est-ce que j’étais heureux lorsque l’Armistice a été signée à Rethondes le 11 novembre, mettant fin à 4 années de boucherie. Malheureusement moi qui venais de fêter mes 40 ans je fus emporté des suites d’une maladie contractée en service, le 23 novembre 1918 après seulement 12 jours d’une paix retrouvée. Si vous passez du côté de Châlons sur Marne, ou plutôt Châlons en Champagne comme vous dites maintenant, passez me voir au carré militaire du cimetière de l’Est et venez me parler de mon village. Je suis à la tombe 650.
Camille Marc GILBAUT
Moi c’est Camille, Camille Marc GILBAUT pour être plus précis. Enfant de Coulonges et fils de cultivateurs, j’ai vu le jour à Chamery, un hameau de ce beau village le 25 mars 1890. C’est en septembre 1914, le 10 plus exactement, alors que la guerre venait de commencer depuis seulement quelques semaines, et que j’avais rejoint mon régiment d’Infanterie, le 155e, j’ai été fauché par l’ennemi à Chaumont sur Aire, dans la Meuse. J’imagine la douleur de mes parents, lorsque le facteur est venu leur annoncer la triste nouvelle. Qu’est devenu mon corps ? Je ne le sais pas, peut-être pulvérisé par l’éclat d’un obus ? En tout cas mes parents ont voulu marquer mon souvenir et vous pouvez voir la plaque « In Memoriam » qu’ils ont apposé sur la sépulture familiale au cimetière de Coulonges, avec la date de ma mort.
Adagio de la sonate en Sol
Victor CHOLET
Moi, c’est Victor CHOLET, né le 15 juin 1880 à Chery Chartreuve (Aisne) où mes parents étaient cultivateurs. Je me suis marié dans la jolie petite église de Cohan le 3 juin 1907 avec Pauline FLECHEUX. Je suis resté vivre dans ce village, bienheureux bien que je n’aie pas eu la joie d’être papa. La guerre est arrivée et me voilà parti sous les drapeaux en tant que sapeur-mineur au 4e régiment du génie. J’ai échappé aux tirs de l’ennemi mais malheureusement une maladie contractée en service a eu raison de moi. Je suis décédé le 6 novembre 1918 dans une ambulance à Dravegny (Aisne) tout près de chez moi. J’aurai tant aimé avoir un dernier regard pour mon village avant de mourir. Ma veuve s’est remariée avec M. TRONQUET et a fini ses jours à Cohan. Moi, je figure sur la plaque commémorative de Cohan mais aussi sur le monument aux morts de Chery Chartreuve. Du coup, chaque 11 novembre, j’ai droit à deux citations !
Edouard MEURICE
Je me nomme Edouard Jules MEURICE et je suis né le 3 septembre 1889 à Coulonges petit village tranquille de l’Aisne. Mes parents étaient manœuvriers mais sont décédés jeunes. Je faisais partie de la fanfare de Coulonges comme beaucoup de jeunes gens à l’époque et j’étais domestique de culture. Libéré de mon service militaire, je me suis marié à Coulonges le 1er février 1913 avec Yvonne HENRI originaire elle aussi de Coulonges. Un petit René Jules né le 11 mai 1914 est venu agrandir notre foyer. Puis je suis parti défendre la France en laissant femme et enfant. Mes compagnons d’infortune se trouvaient dans le 306 e régiment d’infanterie. Je suis mort au combat, dans les tranchées à Mort-Homme (Meuse), d’un éclat d’obus à la tête, le 21 mai 1916. Ce lieu a un nom prédestiné pour mourir, on ne l’invente pas ! Mon nom est gravé à jamais sur le monument aux morts de Coulonges.
Edouard Alexandre PORTELETTE
Moi, c’est Edouard Alexandre PORTELETTE, né à Merval (Aisne) le 1 décembre 1889. Mon père y était scieur. J’ai rejoint l’armée dans le 2ème mixte de zouaves et tirailleurs. Je devais aimer faire le zouave sans doute, mais je ne l’ai pas fait longtemps. Le 6 octobre 1915 à Souain (Marne) je suis mort à 6h du matin, au combat dans la tranchée de Lubeck. Mon nom figure sur la plaque commémorative de Cohan et je repose dans la tombe 3781 dans la nécropole nationale de la Ferme de Suippes. J’ai été décoré de la Médaille militaire et la Croix de guerre avec Etoile de bronze.
Andante de la sonate en sol
Merci beaucoup à Lore et Martina d’avoir accompagné ces lectures et hommages. Merci à Nadine et Annette d’avoir prêté leurs voix à nos poilus. Vous l’avez peut être vu tout à l’heure, sur le parvis de l’église, trois panneaux racontent l’histoire de chacun des poilus de Coulonges et nous vous proposons également dans notre boutique éphémère au fond de l’église, le recueil de toutes ces histoires.
Avant de terminer cet hommage, j’ai encore une histoire à vous raconter, celle du « petit train de Coulonges ».
Le petit train de Coulonges
La thématique des Journées Européennes du Patrimoine 2021 était notamment le patrimoine ferroviaire. Que dire sur le sujet dans une commune éloignée de toute voie ferrée ? En cherchant bien, on a finalement découvert que Coulonges et Cohan ont bien eu un petit train installé sur des voies étroites de 60 cm d’écart par les allemands vers la fin de la grande guerre. Deux témoignages d’anciens de Coulonges attestent de l’existence de ce petit train de Fismes à Fère en Tardenois.
André HUBIER : En matière d’organisation, les allemands étaient imbattables. Pendant qu’ils poursuivaient l’occupation de la poche de Château-Thierry, ils installaient une voie de 60 reliant Fismes à Fère passant par les vallées de l’Ardre et de l’Orillon à St-Gilles, Longeville, Cohan, Coulonges, Courteaux, Les Pâtis, Reddy, Sergy et Villers-sur-Fère.
C’était la première fois que l’on voyait passer un train à Coulonges. La gare se situait à gauche du chemin de la Grand Pièce avec un château d’eau raccordé sur la conduite communale, une réserve de charbon et un dépôt de matériel.
Dans les bois traversés, des stocks importants étaient entreposés; on y trouvait de l’outillage, pelles, pioches, des wagons encore chargés de planches, madriers pour le boisage des abris et surtout des tas d’obus de tous calibres en réserve, le tout abandonné lors de la retraite après la seconde bataille de la Marne de juillet 1918.
En octobre pendant la bataille de l’Ailette, ce petit train devenu français transporta toutes ces munitions que l’on retourna à leurs premiers propriétaires en se servant de leurs canons abandonnés lors du reflux.
Après l’armistice et pendant quelques années encore, les Coulongeois prenaient le train le jour du marché de Fère. Ce n’était pas rapide ni très confortable mais le trajet s’effectuait dans la bonne humeur à défaut d’autres moyens de transport…
Raymonde COCHET : Les allemands avaient monté une petite ligne de chemin de fer qui reliait Fismes à Fère-en-Tardenois. Elle servait de transport pour les munitions et passait dans le bas des jardins, derrière l’église de Cohan, au Moulinet, Crépin et Saint-Gilles. Plus tard, cette petite ligne a fait le transport des voyageurs pour aller à Fère puis a été abandonnée.
De midi à 1 heure, c’était notre jeu en attendant l’heure de l’école. Certains montaient dans le wagonnet et les autres poussaient. Nous restions du côté du lieu-dit le Moulinet, ancien moulin détruit à la guerre. Nous étions souvent en retard en classe, notre institutrice, qui était très âgée, la pauvre, ne disait rien. Nous entendions sonner la petite cloche mais nous étions loin, nous courions le plus vite possible. En ce temps-là, nos jambes étaient encore élastiques.
Merci beaucoup à Martina et Lore d’avoir accompagné ces lectures et hommages. Merci à Nadine et Annette d’avoir prêté leurs voix à nos poilus. Vous l’avez peut être vu tout à l’heure, sur le parvis de l’église, trois panneaux racontent l’histoire de chacun des poilus de Coulonges et nous vous proposons également dans notre boutique éphémère au fond de l’église, le recueil de toutes ces histoires.
La Jaunière
Bonjour les amis! Oui c’est moi le brin d’herbe, là entre le portillon et le ruisseau. Je suis un rescapé de la Jaunière. J’ai été maintes fois piétiné, coupé, tondu et même grignoté mais je reviens toujours là au même endroit. Mais hélas toutes ces misères m’ont fait perdre un peu la mémoire. J’ai quand même quelques souvenirs de cet endroit que je vais tenter de vous relater.
Seuls les plus anciens s’en souviennent, ici, cet endroit si banal aujourd’hui était un lieu incontournable de la jeunesse coulongeoise ! En 1950, la Jaunière, après avoir été, entre autres, un dépôt de véhicules de guerre, a été vendue pour une part à la commune. En 1951, une autre parcelle de la Jaunière a été léguée aux Coulongeois à la condition que son usage soit réservé à l’école primaire pour l’éducation physique et sportive. Il y avait bien sur la place Terrière des poteaux de basket, mais à Coulonges le sport communal c’était le foot. Le Football Club de Coulonges jouait ses matchs sur un terrain situé en contrebas du cimetière entre l’Orillon et le ruisseau qui alimentait le moulin de Cubry. Un des accès à cet ancien stadium se faisait par une passerelle qui enjambait le rû. Les footballeurs devaient s’entrainer à la Jaunière car un but y était installé. Mais peu à peu, avec les jeunes qui quittaient le village pour leurs études ou le travail, le nombre de joueurs diminua et c’est à Fère en Tardenois que s’installa le club du canton. Le terrain fut abandonné et les vaches retrouvèrent leur pâture. Quelques maillots mauve et blanc ont sommeillé longtemps dans le placard à reliques de la salle du conseil à la mairie.
En 1963, Marc l’instituteur, présenta une équipe de foot à sept en championnat scolaire de l’Union Sportive de l’Ecole Publique. Yves, Michel, Jean Luc, Jean Yves, Jean Louis, Jacques Yves et Joseph, commencèrent alors à rencontrer d’autres équipes du canton. Une équipe plus jeune a ensuite pris le relais. On s’est souvenu longtemps du but de la victoire contre Coincy marqué par Dominique avec son genou. Ils firent des émules ces écoliers et la Jaunière devint le terrain favori de beaucoup d’entre eux. On venait de Courmont, du Charmel, de Dravegny, de Reims et même de Paris pour tenter d’imiter les Aubour, Kopa, Matthews, Pelé et autres… Il y avait du monde. Trop de monde, pour offrir du beau jeu aux rares spectateurs. Roger depuis sa maison en était le plus assidu. Il aurait pu être sélectionneur. C’étaient des parties non-stop que chacun pouvait quitter et reprendre à sa guise qui se déroulaient jusqu’au soir. Marcel, Guy, Kléber, Claude, Jacques, Roger,…. rejoignaient la meute après leur journée de travail. Il fallait être bien perspicace pour distinguer équipiers et adversaires. Les dimensions du terrain étaient trop petites pour contenir les déboulés de Jean Noël et de Fabrice. Ils ont laissé éclater leur talent ensuite dans d’autres clubs prestigieux de la région.
Puis l’école a eu besoin de place pour pratiquer l’éducation physique et la partie s’est arrêtée. La demande de la délégation conduite par Jean louis pour que le terrain de la Jaunière demeure en l’état est restée vaine. Une aire de sport avec une partie goudronnée, une petite piste de course et un sautoir ont été installés. En 1981 un court de tennis fut construit, le club de tennis de Coulonges était né. Aujourd’hui, il compte 130 adhérents. Autre époque, autre sport !
En tout cas, moi, petit brin d’herbe, je continue à évoquer avec plaisir cet endroit de Coulonges, partie intégrante de son histoire récente, où tant de jeunes du village aujourd’hui retraités, ont usé leurs galoches en tapant dans un ballon. J’aimerai tant que ce nom reste dans la postérité. Pourquoi pas avec un joli panneau pour baptiser cet emplacement en laissant une trace de son histoire ?
Je termine avec une devinette : Qui pourra me dire ce qu’est une Jaunière ?
L’ancienne mairie-école :
Bonjour ! Vous m’entendez ? Vous ne pouvez pas me voir, je suis sous vos pieds… Je suis la pierre d’angle d’un magnifique bâtiment qui s’élevait ici au milieu du 19e Siècle. Décidée par la municipalité de Coulonges, ma construction débuta en 1840 sur l’emplacement d’un ancien jardin et de deux maisons. C’était une mairie et une école de garçon, mais on aurait cru un hôtel de ville ! Avec sa porte centrale et ses six fenêtres cintrées en façade au rez-de-chaussée, puis son alignement de 7 fenêtres à l’étage, toutes encadrées de pierres de taille comme l’étaient également les 4 angles, la bâtisse avait fière allure. La façade était surmontée d’un fronton comportant un oculus et la toiture était à 4 pans. Devant le bâtiment se trouvait une belle place encadrée de tilleuls, un peu comme ceux que vous pouvez voir ici, et qui ont été plantés en 1872. Au moment de la construction, une plaque de plomb gravée fut intégrée dans un des murs. L’école avait accueilli plus d’une centaine d’enfants certaines années. Il faut savoir que la municipalité a décidé que l’instruction serait gratuite dès 1857, devançant de loin la loi de 1882. Pour faire face au nombre important d’élèves, une école des filles fut construite en 1861 à l’emplacement de l’actuelle mairie. Le bâtiment dont j’étais la pierre d’angle, n’accueillait plus que les garçons à compter de cette date. J’entends encore les cris des enfants pendant la récréation et je me souviens surtout de ce fameux instituteur de Coulonges, M. Gobancée, qui supervisa les travaux de construction. Il fut instituteur à Coulonges pendant 52 ans, de 1820 à 1872 ! Ses compétences et sa passion pour son métier ont été reconnues par de nombreuses récompenses. Il mourut en juillet 1887. Un autre instituteur marqua la période de mon bâtiment. Il s’agit d’Adonia Valissant, qui prit ses fonctions à Coulonges en 1898. Il fut l’auteur de la monographie de Coulonges en Tardenois, publiée en 1901 et qui est une référence sur l’histoire du village jusqu’à la fin du 19e siècle.
J’étais fière de faire partie de cette magnifique construction, une des plus belles écoles du secteur, qui allait défier les années. Hélas, le village a subi les combats de l’offensive allemande de la seconde bataille de la Marne et a été touché en 1918 par des bombardements. Mon bâtiment, dont j’étais si fière, fut à moitié démoli. Toute sa partie gauche disparut, du sol au grenier et il n’en restait qu’un tas de gravats.
Les dégâts étaient trop importants pour une reconstruction et depuis 1925 c’est un nouveau bâtiment qui a pris le relais et que vous pouvez toujours voir ici. Mais grâce aux photos et cartes postales éditées avant la guerre, ma mairie-école restera à jamais gravée dans la mémoire et l’histoire de notre village ! Et vous pouvez retrouver dans une des vitrines de la mairie, la fameuse plaque de plomb qui avait été nichée dans les murs de l’ancienne mairie-école.
L’église de Coulonges
Psst ! Vous m’entendez ? Ah ben non, c’est vrai vous ne pouvez-pas m’entendre, je n’existe plus ! Mais mon esprit est encore là. Pourtant j’étais belle et surtout, j’avais une sonorité parfaite ! Oh, excusez-moi, je ne me suis pas présentée ! Je m’appelle Laurence Scolastique et je suis une cloche ! Oui, au sens propre du terme bien-sûr ! Je suis née dans une fonderie en 1818, à partir d’anciennes cloches que la municipalité avait rachetées après la révolution. J’ai une sœur née également des anciennes cloches et qui s’appelait Louise-Agnès-Norbertine. Nous avons également été rejointes par une cloche plus grosse qui s’appelait Marie-Marguerite-Antoinette-Rufine. C’est le 4 octobre 1818 lors d’une grande fête, que nous avons toutes les trois été bénies par le doyen de Fère et selon le rituel diocésain. Pour ma part mon parrain s’appelait Laurent-Henri Ronseaux et ma marraine Magdeleine-Scolastique Boivin. Pendant près d’un siècle nous avons sonné dans le clocher, les joies des mariages, les peines des enterrements, les alertes en cas d’incendie ou d’attaque, et le quotidien des heures qui passent grâce à l’horloge installée dans le clocher. Notre église avait déjà une horloge à la fin du 18e siècle ! Bien usée, elle a été remplacée en 1817, puis après 71 années de bons et loyaux services, elle fut une nouvelle fois remplacée en 1888. J’ai disparu du clocher avec mes amies au cours du 20e siècle. Nous avons été réquisitionnées par les allemands pendant la Grande Guerre pour être fondues et servir à fabriquer des canons et des obus. Peu importe, si la matière dont j’étais constituée est partie, mon esprit est resté dans cette église que j’aime beaucoup.
Après 3 ans de silence dans le clocher, nous avons été remplacées en 1921 par Stéphanie, une première cloche « moyenne » (600 kg tout de même !) qui donne un sol. Puis en 1924, elle fut rejointe par une plus petite donnant le Fa et une plus grande, de 860 kg, baptisée Marie-Georgette et donnant le La. Elles sont toujours présentes même si on les entend moins. Qu’est-ce qu’elle était animée au début du siècle passé et jusque dans les années 50-60. Régulièrement le garde-champêtre venait dans le clocher pour remonter le mécanisme de l’horloge. Et quand il fallait que l’on donne de la voix, les garçons se bousculaient pour tirer sur les cordes qui faisaient balancer nos remplaçantes dans le clocher. Maintenant c’est plus calme et il n’y a guère de l’animation que pour les enterrements et certaines messes ou manifestations trop rares. Ce qui me manque beaucoup c’est d’entendre mes remplaçantes sonner à la volée. Qu’est-ce que c’est beau une volée de cloches ! J’adorais cela quand j’étais encore en place là-haut ! Je ne me souviens plus de quand date la dernière volée de cloches entendue à Coulonges, mais il paraît que si on s’amusait à en refaire une il y a de forts risques que la charpente qui soutient les cloches ne résiste pas et entraîne tout le clocher dans sa chute, ce serait dommage. Alors je n’ai que le silence à vous offrir aujourd’hui pour votre visite dans l’église… Le silence, c’est beau aussi après-tout !
La maison Picard-Jama
Bonjour ! Je suis le gond de la porte cochère ! Depuis que j’ai été posé au tout début du 20e siècle j’en ai vu des choses ! Combien de tombereaux, de charrettes, de calèches, puis de voitures sont passées par là ! Je ne les compte plus depuis longtemps. Savez-vous que les premiers propriétaires, Mr et Mme Picard, logeaient, blanchissaient, nourrissaient et surtout abreuvaient les maçons chargés de construire le bâtiment, et ceci au point que tous comptes faits, à la fin des travaux, les maçons avaient une ardoise envers les propriétaires, ardoise aussitôt effacée par ces derniers. Je me souviens de la livraison du magnifique bar en étain que les propriétaires avaient fait réaliser et qui trônait dans le café jusqu’en 1992. Il échappa à la réquisition allemande pendant la seconde guerre mondiale en ayant été caché et remplacé par un bar en chêne. La maison Picard-Jama, fut quasiment l’ancêtre de nos supermarchés actuels. On y trouvait de tout : Hôtel, restaurant, bar, vins et liqueurs, louage de voitures, pension pour chevaux, boucherie, charcuterie, épicerie, mercerie, verrerie et vaisselle, graineterie, quincaillerie, articles de chauffage et d’éclairage, charbon de bois et de terre, location de vaisselle et de matériel.
La grande salle en a vu passer des fêtards depuis ce temps ! J’ai vu passer des mariés, des chasseurs qui fêtaient la saint Hubert, des pompiers qui fêtaient la sainte Barbe et des musiciens qui fêtaient la sainte Cécile. Il y a même eu quelques bagarres mémorables, et je ne parle pas du nombre d’éméchés titubant à la sortie ! En 1947, à la mort de M. Picard, la maison est vendue à la fille de Mr et Mme Hochart, qui tenaient un café sur la place Terrière. Pendant les années 50-60 l’activité de restauration vivotait tranquillement avec quelques habitués et autres piliers de comptoir. Au début des années 60 à la fermeture du bureau de tabac, c’est l’auberge qui prend en charge cette activité complémentaire. En 1967 l’auberge est mise en vente et rachetée par Yvette Granson, qui connaît bien la maison pour y avoir régulièrement travaillé pour des extras. L’activité de restauration se développe bien grâce aux talents culinaires d’Yvette et la fréquentation augmente grâce notamment aux repas des chasseurs. J’aimais bien cette période de banquets ou résonnaient les trompes de chasse et les chants !
Jean-Luc, le fils d’Yvette vient apporter son concours, rejoint ensuite par sa femme Dominique. Le couple reprend le café en 1988 qui devient l’auberge de la roue fleurie telle que vous la voyez aujourd’hui ! Dominique et Jean-Luc passent la main en janvier 2015. Depuis 5 ans, ce sont Richard et Charles qui tiennent ce dernier commerce présent dans le village. Et moi, le gond, je continue à remplir ma fonction tranquillement depuis 120 ans et je l’espère pour longtemps encore !
La grange communale
Bonjour ! Approchez ! Venez, je suis là ! Je suis sur la porte de la grange, oui, là, un peu à gauche. Je suis une planche ! Et garantie d’origine ! Cette grange a été rénovée par le comité des fêtes de Coulonges-Cohan, pour servir d’annexe de stockage du matériel lors des manifestations dans la commune. Les planches de ces murs viennent de la forêt de Coulonges ! Les arbres ont été soigneusement choisis puis abattus. Ils ont séché puis ont été taillés en planches et installés ici. C’est le principe des circuits courts !
Moi aussi j’étais un arbre, mais ça date de plus longtemps car la porte dont je fais partie est celle du bâtiment d’origine. Je suis une centenaire moi ! J’étais déjà là en 1899 !
Mais avant j’étais dans la forêt de Coulonges.
Cette belle forêt qui domine le village du côté de Vézilly a été depuis toujours une alliée des habitants. On y trouvait du bois pour construire des maisons, des granges, des ponts, pour se chauffer, pour faire des meubles…On y trouvait du gibier ! Volaille, chevreuils, sangliers, biches, cerfs…On y trouvait de quoi se nourrir en cas de disette ! Fraises des bois, framboises sauvages, mûres, noix, noisettes…Les habitants s’y cachaient en cas d’attaque du village, des groupes y tenaient des réunions secrètes, notamment autour du grand chêne, comme ce fut le cas lors des Jacqueries au 14e siècle ou bien plus tard quand des résistants s’y cachaient dans les années 40.
Je ne me souviens plus du jour où l’arbre dont je faisais partie a été abattu. Toujours est-il que j’ai dû patienter plus de deux ans avant de renaître sous forme de planche dans une scierie. Puis, avec d’autres planches je me suis retrouvée caressée par les mains d’un menuisier, poncée, découpée, assemblée, puis montée. Et depuis plus de 120 ans j’observe de ma place, ce qui se passe dans le village. J’ai vu placarder l’ordre de mobilisation générale, j’ai vu arriver les soldats en 1914, j’ai vu tomber les bombes en 1918, j’ai vu débarquer les allemands, puis les américains venus libérer le village. J’ai vu les allemands revenir en 40 et partir à l’été 44… J’en ai vu des fêtes, des foires et des marchés sur la place Terrière, des concerts de la fanfare de Coulonges, j’ai vu les forains qui venaient chaque année pour la fête communale, j’ai vu les réjouissances de la fête nationale, les bals du samedi soir parfois avec des bagarres, souvent avec des fou-rires et des baignades forcées dans la fontaine. Il faut dire que les coulongeois sont les champions pour faire la fête !
Bref, j’ai eu jusqu’à présent une vie très riche, d’abord comme arbre dans la forêt, puis comme planche sur cette porte de la grange. J’ai eu peur de terminer dans une déchetterie ou pire, au milieu des flammes quand la grange a été rénovée il y a quelques années, mais la porte dont je fais partie, et qui est un peu l’âme de cette grange, a été conservée, et je suis toujours là, et pour longtemps encore j’espère.
Le grand lavoir
Bonjour ! Je suis là, juste sur le côté, oui, le vieux tuyau !
C’est sympa de venir me rendre visite cet après-midi ! Il est vrai que depuis que Barbotine la goutte d’eau, et ses copines ne viennent plus que de temps en temps je m’ennuie un peu, alors je suis content d’avoir de la visite !
Il faut dire que depuis l’arrivée des machines à laver, chacun reste chez soi pour laver son linge. Avant c’était animé ici ! J’en ai entendu des commérages depuis ma construction en 1844, en même temps que le lavoir de Chamery. Ici c’était le rendez-vous de toutes les femmes du village pour la lessive. C’était aussi l’occasion de bavarder entre femmes et loin des maris qui ne mettaient pas les pieds ici ! Certains ont dû avoir les oreilles qui sifflaient ! Il suffisait qu’une des habituées ne soit pas là pour que les autres déblatèrent à son encontre, faisant courir des rumeurs les plus folles. Les hommes célibataires du village, surtout les jeunes, faisaient l’objet d’échanges vifs sur leur physique et lorsque l’un d’eux avait de l’instruction et une belle situation, combien d’entre elles ne rêvaient que de lui mettre leur propre fille dans les bras, voire de s’y jeter elles-mêmes !
Il y eut des moments moins légers et plus dramatiques malheureusement et depuis ma place j’en ai appris des choses sur l’histoire du monde. On vient de sortir du centenaire de la Grande Guerre 14-18, alors pour changer, je vais vous raconter ce que j’ai appris grâce aux conversations de vos ancêtres ici entre ces murs, au sujet d’une autre guerre pour laquelle la commune a payé un lourd tribut, au sens propre. Ça a commencé en juillet 1870 lorsque la France déclare la guerre à l’Allemagne. La mère Perier est la première à se lamenter alors qu’on lui annonce le décès de son fils Isaïe dès les premiers jours des combats. Les défaites se suivent et les blessés affluent. Mme Gibout, la femme du maire a raconté que le conseil municipal a mis 5 lits à disposition des blessés au premier étage de la mairie. Après la prise de Metz le 7 août, c’est la capitulation de l’empereur, encerclé à Sedan. Avec l’arrivée des prussiens dans le village le 14 septembre, les coulongeois découvrent l’ennemi dans leurs rues. Ce sont plus de 15.000 saxons qui traversent le village et 4.000 qui restent coucher. On fit abattre deux vaches pour nourrir tous ces hommes et ils exigèrent en plus une somme astronomique pour le tabac et le café qui étaient dus à chaque soldat. A l’époque, Mme Pasquier avait raconté que comme la somme n’a pas pu être réunie, ils ont cherché plusieurs bœufs dans différentes fermes, dont celle de son mari, à Rognac mais également à Chamery. Là-bas, un conseiller municipal a été contraint d’accompagner les saxons à Villomé et à Party pour compléter le montant de la somme exigée et qui n’avait pas pu être payée. C’est Mme Gibout qui fut la plus effrayée lorsqu’elle vit son mari, le maire, pris en otage lors du départ des saxons. Heureusement il fut libéré à Fresnes et revint sain et sauf.
Les mois qui suivirent furent difficiles car la commune, comme de nombreuses autres devait payer un impôt à l’ennemi, et répondre aux réquisitions de paille, de foin ou d’animaux. Chaque habitant devait contribuer et verser la somme prévue, coûte que coûte. Je me souviens des larmes versées par cette femme dont j’ai oublié le nom et qui avait dû vendre une partie de son mobilier pour s’acquitter de la somme qu’elle devait payer. Il n’y avait pas intérêt à refuser le paiement, sinon les amendes en doublaient le montant et l’ennemi pouvait aller jusqu’à ordonner des exécutions. Le cauchemar pris fin en octobre 1871 quand le département fut libéré du joug prussien après s’être acquitté des sommes exigées et qui se montaient à plusieurs centaines de millions de francs-or. La commune dut même souscrire un emprunt pour financer cet impôt. Nos voisins de la Marne et des Ardennes durent attendre 1873 pour voir partir les prussiens. Personne ne savait que cette guerre avait déjà semé les graines de la Grande Guerre, de 1914 qui fut un autre drame pour notre village. Mais ça c’est une autre histoire et je ne veux pas vous faire perdre trop de temps, il y a un autre tuyau qui vous attend un peu plus loin ! Le tuyau du Poêle de l’école ! Encore merci pour votre visite, ça m’a fait du bien de parler !
L’ancienne école des filles
Bonjour ! Bienvenue dans l’ancienne école des filles de Coulonges ! Comme la cloche de l’église, je ne suis plus là mais mon esprit vagabonde encore dans les murs du bâtiment. Je suis le vieux poêle Godin de la salle de classe ! Je me souviens particulièrement de cette année scolaire 1956-57 où une classe mixte avait été ouverte ici car il n’y avait pas assez de place dans la mairie-école.
L’institutrice s’appelait Mlle Croquet. Je me souviens bien de la disposition de la classe. Moi, le vieux poêle Godin j’étais au fond de la classe c’est-à-dire du côté droit de l’actuelle salle. Le garde champêtre de l’époque Mr Villair, que les enfants appelaient « le petit Villair » car il n’était pas grand, m’alimentait régulièrement en bois.
Sur le mur d’en face où l’on voit maintenant les vitrines, se trouvaient les deux tableaux noirs, les placards avec les boites de craies et les brosses pour effacer le tableau dont l’odeur se diffusait dans toute la pièce.
Les enfants étaient studieux et pendant les dictées en hiver, entre deux phrases bien ponctuées, récitées par la maitresse, on m’entendait ronfler pour apporter un peu de chaleur aux enfants. La discipline était très stricte et j’en ai vu de nombreux élèves restant seuls dans la classe pour recopier des lignes et des lignes de punitions pendant que les autres jouaient dans la cour. J’entends encore les « b-a ba », les « mais ou et donc or ni car », les « maître corbeau sur un arbre perché… ». Je vois encore la date de chaque jour écrite de manière calligraphiée et très soignée sur le tableau noir, les ardoises des enfants qui se lèvent pour donner les résultats du calcul mental : « 3 fois 4 ? » (laisser répondre les personnes présentes) ! « 5 fois 6 ? » « 8 fois 7 ? ». Mais ce que je préférais, c’était les répétitions du spectacle de fin d’année avec les danses et les chansons des filles dans leurs beaux costumes cousus par Mme Mortier.
Puis le bâtiment est devenu la nouvelle mairie, une chaudière a été installée avec le chauffage central et ma foi, on n’avait plus besoin de moi, alors j’ai dû être repris par un ferrailleur, puis certainement fondu pour servir de matière première à de nouveaux objets. Peu importe comme dit mon amie la cloche, mon esprit est resté à Coulonges. Et en voyant les anciens du village participer encore dans cette salle à des réunions ou des animations, je me souviens du temps où ils étaient hauts comme trois pommes, quand ils venaient user leur fonds de culottes sur les chaises d’écolier et réchauffer leur petites mains près de moi après avoir affronté le froid avant que la classe commence. Mon Dieu, comme le temps passe vite !
Conclusion
Ainsi s’achève notre circuit du patrimoine pour cette année. Merci de votre participation. L’association « Coulonges-Cohan un autre regard » que j’ai le plaisir et l’honneur de présider, a pour objectif la préservation et la valorisation du riche patrimoine de notre commune. Nous essayons modestement chaque année de proposer une animation originale autour de notre patrimoine en essayant de rester dans la ligne de la thématique fixée au niveau national, qui était cette année « apprendre pour la vie ».
Le petit fascicule que nous vous avons remis comporte l’adresse du site Internet de la commune, sur lequel un lien vers notre association vous permettra de mieux la connaître.
Parce que l’entretien du patrimoine demande beaucoup de moyens et que nous n’en avons que peu, vous pouvez soutenir notre association en y adhérant (la cotisation annuelle est de 5 euros), en faisant un don ou tout simplement en vous offrant des cartes postales que nous éditons ou encore des tirages photos de vues aériennes du village et de ses hameaux.
En tout cas, restez encore un peu avec nous, on vous propose de partager un moment de convivialité autour du verre de l’amitié. Bonne nouvelle, vous aurez le droit de retirer vos masques, mais pensez à respecter la distanciation physique entre vous.
Merci d’être venus et rendez-vous l’année prochaine !











